CONFIDENCES DE GLOBE TROTTEUR

Récits d'aventures

Une nuit sous tente par -27°C

19h30- L'heure du moment le plus apaisant de la journée… le dîner. Petit moment de répit où les crispations liées à la lutte contre le froid s’amenuisent car nous passons au-dessus de 0°C dans la tente messe. Dans de telles conditions, un repas chaud lyophilisé a la saveur d’un repas étoilé, un thé bouillant a la saveur d’un vin millésimé, et la chaleur humaine s’assimile à un feu de cheminée qui crépite…

Leçon n°1 - se détendre et apprécier les moments de répits lorsqu’ils se présentent.

Welcome to Spitzberg, 78° North

21h00- L'heure de la digestion... notre corps consomme de l’énergie qui ne peut être utilisée contre le froid, le secret est de ne jamais rester statique ! Nous quittons la tente messe, nous élançons dans une partie de luge avec nos pulkas, puis nous nous initions au lancer de frisbee, enfin nous réalisons une séance photos en sautant…  Tous les mouvements sont bons pour nous réchauffer. Nous admirons la lenteur du coucher de soleil horizontal et profitons pleinement des paysages qui s’offrent à nous. Le ciel est parfaitement dégagé, présageant une nuit plutôt fraîche        .

​Leçon n°2 - faire preuve d’imagination pour transformer le réchauffement corporel en jeu !

Leçon n°3 - capturer tous ces instants magiques dans notre mémoire.

22h00- L’heure de l’expédition au petit coin… Des toilettes sauvages sont creusées pour l’occasion, abritées du vent et avec vue sur la banquise. On redoute la constipation, pas question de rester les fesses à l’air plus de 2 minutes ! Il faut être efficace ! Puis on s’élance dans la 1 ère séance de gymnastique du soir : le coucher. L’installation prend environ 20 minutes et c’est le même rituel tous les soirs. J’enlève la doudoune grand froid, le pantalon Gore-Tex®. Entre temps, je tente de réchauffer mes mains puis attrape l’onglet. Je retire mes chaussures grand froid (5 minutes par chaussure), je tente de réchauffer mes pieds puis attrape l’onglet. Je prends soin de conserver les chaussons de mes chaussures aux pieds pour la nuit, je garde toutes mes sous-couches (x4 en haut et 1 en bas), je glisse les piles de mon appareil photo dans ma poche, je tente un brossage de dents mais abandonne très vite, il fait trop froid et le dentifrice est gelé…je tente de réchauffer mes mains puis attrape l’onglet. Je me glisse dans mon sac de couchage, le ferme jusqu’en haut, serre tous les cordons possibles et ne laisse apparaître que mon nez pour respirer. Puis je reste immobile pour trouver le sommeil, je m’endors puis me réveille par le froid et par le gèle engendré par l’humidité de ma respiration sur le haut de mon duvet, puis je me rendors, puis me réveille par le froid… l’histoire de ma nuit.

Leçon n°4 - on ne se lave pas au Spitzberg en hiver ! On laisse la crasse nous hâler la peau.

Leçon n°5 - on n'applique ni crème solaire, ni crème hydratante sur la peau, rien qui ne peut geler et nous brûler le visage.

1h40- L’heure de la relève… mon compagnon de sentier me réveille. C’est mon tour de garde, notre mission est de surveiller l’éventuelle approche d’ours blanc. Chaque tour dure 1h, nous sommes 7 à nous alterner toute la nuit. C’est parti pour la 2 ème séance de gymnastique, 20 minutes pour s’équiper et sortir de la tente en douceur pour ne pas faire tomber le givre accumulé à l’intérieur par notre respiration… C’est une cause perdue car la veste grand froid quadruple notre carrure!

Leçon n°6 - transformer les tours de garde en instant privilégié, nous sommes seuls face à la nature et à nous-même sous le soleil de minuit.

2h00- L'heure de prendre mon tour... Je m’équipe du thermomètre prototype de Nature et Découverte en phase de test. J’admire le paysage, il fait à peine nuit, la lune brille et les chiens sont calmes. C’est magnifique, je prends quelques photos (pas plus de 3 avant que les piles ne se refroidissent). Je marche, cours, saute, profite du moment présent, regarde sans cesse l’heure tourner lentement… et ne vois pas d’ours. Heureusement ou malheureusement, tel est le paradoxe.

Leçon n°7 - ne pas savoir quelle est la température, pour ne pas geler notre cerveau. On est plus résistant que ce que l’on croit.

2h40- L'heure de l'objectif intermédiaire... le réveil du suivant. On attend qu’il se prépare pour atteindre l’objectif secondaire de la nuit : la fin de la garde. Je marche, saute, cours, et regarde l’heure sans cesse jusqu’à la relève.

3h00- L'heure de la relève... c’est reparti pour la 3 ème séance de gymnastique avant de retrouver le sommeil. Je me rendors puis me réveille par le froid, puis me rendors, puis…vous connaissez la suite !

Leçon n°8 - ne pas avoir d’aprioris, je n’aurais jamais pensé pouvoir apprécier de me recoucher dans une tente par -27°C.

6h00- L'heure du réveil difficile... la nuit a été éprouvante, nous sommes fatigués de lutter contre le froid, nous avons des tendinites aux poignets liés aux mouvements répétitifs: rangements du sac de couchage et de la doudoune grand froid, pelletages pour l'installation du campement, enfilages des chaussures ou des gants… Nous sentons mauvais (eh oui 4 jours sans se changer, ni se laver), nous sommes courbaturés à force d’être transis par le froid et le moral flanche. Mais je réalise que c’était la dernière nuit et que c’est le dernier jour ! Je sors de la tente dodo et cours me réconforter dans la tente messe avec d’un thé bouillant. Le ciel s’est couvert, il fait un peu moins froid que cette nuit. Le thermomètre restera bloqué à -27°C toute la nuit, la température était stable ? ou le thermomètre avait-il atteint ses capacités minimales et ne pouvait indiquer une température inférieure ? Mieux vaut ne pas le savoir !

Leçon n°9 - chaque nuit passée est un challenge relevé.

Après une petite balade à la rencontre de rennes sauvages, nous retrouvons la chenillette : la délivrance de retrouver la chaleur mêlée à la tristesse de quitter ce lieu magique. Le bonheur de retrouver notre zone de confort grâce à une douche chaude, un matelas, un poêle, un repas sans moufles, une soirée sans pelleter...

Leçon n°10 - ces petits riens dans nos vies quotidiennes se transforment en instants magiques après une telle expérience.