Mon 1er "long trail" | Massif du Beaufortain

18h30- L’heure du Briefing… La course démarre la veille ! Infos météo, état du parcours, sécurité, parcours de repli éventuel, remise des dossards et des lots coureurs…Échanges de regards effrayés, ou plutôt amusés de notre côté !! Plusieurs formats de courses sont disponibles, il est possible de réaliser la totalité du parcours en solo ou de le diviser en 2 parties et le parcourir en relai. En tant qu’apprenties traileuses, ma sœur et moi restons humbles et optons pour le relai! Au programme, 48km/4400D+/2500D- pour moi en première partie puis 57km/2500D+/4400D- pour ma sœur en seconde partie.

Leçon n°1 : Être à l’heure au briefing de course! Quelques informations peuvent être utiles comme le bulletin météo par exemple.


​19h30- L’heure du repas… Après avoir récupéré nos dossards et assisté à la fin du briefing, nous regagnons notre hébergement pour la « nuit ». Nous avons réservé un gîte perché sur les hauteurs de Queige et sur le parcours du lendemain. Au menu du soir, salade piémontaise en entrée suivie de diots au vin blanc accompagnés de son gratin de crozets puis fromage de Beaufort en dessert ! Un menu diététique et parfaitement adapté à la pratique du trail 😉 ! Nous partageons notre repas avec 2 autres trailers qui semblent aussi réjouis que nous devant leur assiette ! Ce plat aurait bien évidemment alléché nos babines en simple trek, mais en trail c’est une toute autre histoire ! Nous dégustons tout de même ce délicieux repas sans penser aux conséquences le lendemain.

Leçon n°2 : Éviter la piémontaise, le fromage et les diots au vin blanc la veille d’une course.


22hO0- L’heure du coucher…Après ce merveilleux repas, nous préparons nos sacs de course, ainsi que notre sac « ravitailleur » dans lequel nous prévoyons une 2nde paire de baskets, des en-cas, des boissons diverses et des vêtements de rechange en cas de pluie. Nous nous mettons d’accord sur les points de rencontre et temps approximatifs de passage. Puis on se couche ! Juste pour quelques heures, car le réveil sonne dans 3h.

Leçon n°3 : On ne dort jamais correctement lorsque l’on règle son réveil à 2hOO et que notre téléphone indique que c’est « dans 3h00 ».


2h00- L’heure du réveil…et des fameuses questions « pourkwagédiwi » ou « pourkwagépadinon ». Je sors du lit, me lave rapidement, enfile mes baskets, mets ma montre, prends mon sac et descends au petit déjeuner. Puis j’ouvre enfin les yeux ! Le petit déjeuner est à la hauteur de mes espérances, simple et bon: du pain et du beurre ! Parfait pour mon estomac, mais pour l’énergie, on se rattrapera aux ravitos ! La digestion des diots n’a pas été simple mais ça va ! Je rejoins nos 2 amis trailers rencontrés la veille et profite du trajet pour descendre avec eux en voiture jusqu’au départ de la course.

Leçon n°4 : Ne pas se poser trop de questions, on prend des décisions à un instant t pour des raisons r. Alors à l’instant t+1, on y va !


4h00- L’heure du départ…Les mêmes regards que la veille ! Sauf quelques petits sourires par-ci par-là, qui me permettent de repérer les relais ! Le sifflet lance le chronomètre et c’est parti pour la grande aventure! 48km de sentiers de montagnes à travers des paysages grandioses dans mon massif favori : Le Beaufortain !

Leçon n°5 : Ne pas partir trop vite, ne pas se laisser entraîner par l’adrénaline du départ et surtout, ne pas essayer de suivre un rythme qui n’est pas le nôtre.


6h00- L’heure du lever de soleil…Quelques nuages éparses rendent le paysage encore plus mystique. On traverse de magnifiques prairies, des lacs, des passerelles, des barrages. Les paysages s’enchaînent et ne se ressemblent pas, ce qui aide psychologiquement à voir le temps passer plus vite. C’est là que l'on trouve une partie de la réponse aux questions « pourkwagédiwi » ou « pourkwagépadinon ». Lorsque ça monte, je regarde les dénivelées défiler sur ma montre et lorsque c’est plat ou descendant, je scrute les kilomètres ! Il y a toujours un moyen de se rassurer et de voir que l’on avance !

Leçon n°6 : Notre moral et notre motivation reposent parfois sur une simple question de point de vue.

10h00- L’heure de la transition…Aux alentours du 30ème km, je commence à sentir quelques décharges dans le genou droit en descente. C’est alors que je commence à adopter une technique de descente spécifique qui consiste à garder le genou droit…pas toujours très simple, ni très intuitive mais la douleur est si intense qu’elle ne me laisse pas d’autres choix. Heureusement ma partie comporte bien plus de montées que de descente, ça devrait donc aller ! Et surtout, je me dis qu’il ne reste plus que 18km, une broutille… ! Je croise alors ma sœur qui est venue m’encourager, me redonner la force de poursuivre, en marchant s’il le faut, mais sans songer une seule seconde à abandonner ! Je ne m’arrête pas et continue tranquillement sans perdre mon rythme. Je lui montre ainsi que « je gère complètement ma course» !

Leçon n°7 : Les questions « pourkwagédiwi » ou « pourkwagépadinon » refont surface mais laissons-les également de côté pour l’instant.


13h00- L’heure de faire travailler son mental...Ma montre n’a plus de batterie, je suis perdue et n’ai plus de repère sur le parcours. Je souffre dans les montées car j’ai déjà fait plus de 4000m de dénivelées positives ! Puis je passe la plus belle partie du parcours, au pied de la Pierra menta, monstre rocheux emblématique du Beaufortain. Cela me re-bouste, me re-motive, me re-donne du baume au cœur et m’indique également ce qui me reste à parcourir…Je ne dois pas relâcher, je dois accélérer en montée et sur plat pour rattraper le retard que je prends en descente. Je rejoins le dernier ravitaillement installé au superbe refuge de Presset mais je ne m’arrête pas. Je suis robotisée, il n’est pas question de ralentir et de perdre plus de temps, si je m’arrête, je ne repars pas et si je ne repars pas, ma sœur ne prend pas le relai ! Alors je poursuis avec cette seule idée en tête, qu’elle puisse prendre le départ et avec un maximum de temps avant que la nuit tombe.

Leçon n°7 : On se dépasse parfois bien plus pour les autres que pour soi-même.


14h00- L’heure de la douche...Après avoir descendu le pierrier le plus long de ma vie et enchaîné des bosses et des bosses sans apercevoir ce fichu barrage de Roselend ; Après m’être brûlé les fesses en descendant plusieurs névés en mode toboggan pour gagner du temps…j’entends l’orage gronder et je vois les éclairs s'approcher !! J’ai à peine le temps de mettre ma veste de pluie que la grêle s’en mêle avec violence ! Je poursuis péniblement mon chemin sur ces derniers kilomètres interminables en direction du passage de relai ! Les sentiers sont devenus des rivières, mes bâtons sont à l’horizontal pour éviter la foudre, la grêle me frappe violemment les cuisses, et les décharges dans le genou sont maintenant omniprésentes. Je sursaute à chaque coup de tonnerre, déverse autant de larmes que de litres pluie, je n’en peux plus !!! Il est où ce fichu refuge du Plan de La Laie B - - - - L !

Leçon n°7 : Savoir prendre sur soi, prendre du recul et rester calme en toutes circonstances !


15h00- L’heure de la délivrance…je passe l’arrivée des relais et retrouve ma sœur. Elle s’inquiète de mon état, je pleure tellement que je n’arrive pas à lui expliquer que tout va bien et que j’ai juste mal au genou et raz le bol de courir ! Elle comprendra finalement que ça va et prendra le départ sous cette météo atroce. Il faut bien du courage pour prendre un départ sous la pluie ! Mais je suis fière d’avoir fini pour qu’elle puisse commencer. Une partie de la réponse aux questions « pourkwagédiwi » ou « pourkwagépadinon » se trouve également dans ce paragraphe.

Leçon n°7 : On ne sait jamais qu’on est fort, jusqu’au jour où être fort reste la seule option !


20h00- L’heure de la fin de l’apocalypse…Je rejoins ma sœur au point de passage de la station des Saisies, la météo s’est calmée. L’orage a été très violent et a fortement perturbé la course. Il y a eu plusieurs abandons, des cas d’hypothermie, un arrêt temporaire de la course, un changement de parcours évitant les crêtes…Mais ma relayeuse de choc est équipée d’un mental d’acier, elle est toujours là et toujours en course ! Alors c’est parti pour la nuit, lampe frontale en poche, ravitaillée de soupe réhydratante, elle repart sur les sentiers sous une météo bien plus clémente. De mon côté, je profite d’un superbe coucher de soleil sur le mont-blanc.

Leçon n°8 : Il est aussi plaisant d’accompagner son relayeur que de courir soi-même !


3h00- L’heure de l’arrivée…Après 105km de course, 6900D+ et 6900D- parcourus à 2 entre sœurs, nous voici enfin sous l’arche de l’arrivée émues, fatiguées, soulagées, et prêtes à re-signer ! C’est là que tout s’éclaire, je comprends pourkwagédiwi et pourkwagépadinon !


Après cette belle aventure, ma sœur re-signe l’année suivante sur l’UTB en solo mais le sort s’acharne et l’apocalypse est à nouveau au rendez-vous, encore plus violente que l’année précédente. Ce qui contraint les organisateurs à stopper la course. Il faudra attendre encore l’année d’après pour qu’elle puisse terminer cette boucle de 105km en solo !

Leçon n°9 : Abandonner ? Non, merci. S’obstiner ? Non plus. A nous de trouver la juste limite.